EGORA.FR - 16/12/2013

 

Pamphlet d’internes pour survivre à la filière de MG

 

Formation-études médicales par Sandy Berrebi – Bonin le 16-12-2013

 

Elles ont moins de 30 ans, ont fini leur internat de MG et sont indignées. Ariane Mussedy, Morgane Lucet, Louise Balas et Bérénice Tilleul viennent de publier un livre intitulé “Internez-nous, vos (futurs) médecins généralistes témoignent”. Un ouvrage sans langue de bois, qui alterne témoignages et conseils pratiques à l’attention de tous les internes de médecine générale. 

 

“L’internat, c’est un grand bordel, mais tous les jours dans tous les hôpitaux, les internes sont présents. Ils travaillent et ne disent rien. Ça nous révolte” témoigne Ariane Mussedy, 28 ans. Cette jeune médecin généraliste, ancienne représentante d’internes en Ile-de-France a eu l’idée, il y a plus de trois ans, d’écrire ce livre. Puis elle a rencontré Morgane Lucet, Louise Balas et Bérénice Tilleul et les trois jeunes femmes ont décidé de partager ce projet.

 

"On massacre la fac"

 

A l’origine de l’ouvrage, une colère commune sur “le parcours du combattant” qu’a été pour elles l’internat de médecine générale. Et les jeunes femmes ne mâchent pas leurs mots. “Dans le livre on massacre la fac et la filière de médecine générale” tacle Ariane Mussedy. Et Morgane Lucet  d’ajouter “et pourtant après relecture, on trouve qu’on a été soft”. Les jeunes MG reprochent à leur département un “total manque d’écoute et de soutien”. “On a l’impression qu’ils se vengent de tout ce qu’ils ont vécu. L’objectif est de décourager les internes. On nous empêche de passer des DESC. On nous met des bâtons dans les roues” regrette Morgane Lucet. La jeune femme, comme ses trois consœurs, témoigne sous couvert d’anonymat. A l’exception d’Ariane Mussedy, elles ne sont pas encore thésées et craignent de payer les pots cassés de leur liberté de parole.

 

“Après avoir refermé ce livre, je me suis dit : “La vache, mais c’est super violent !”, écrit Jaddo, l’emblématique bloggeuse généraliste qui signe la préface de l’ouvrage. Elle aussi, se souvient en avoir bavé pendant son internat. Comme si finalement, souffrir...[pagebreak]

 

pendant cette période était complètement normal. “C’est vraiment dommage que les choses se passent comme ça. Plutôt que de se souvenir d’avoir adoré notre formation, on ne se souvient que des épreuves” regrette Ariane Mussedy. En tant que représentante des internes, elle se rappelle des coups de fils incessants d’internes qui avaient des problèmes dans leurs stages ou se trouvaient face à des casse-tête administratifs. Aujourd’hui, c’est elle qui encadre des internes et elle constate qu’ils sont “super stressés et qu’ils subissent une pression de malade”.

 

“On aimerait faire évoluer la situation”

 

En 230 pages, les auteurs alternent témoignages et informations théoriques. Elles décortiquent l’internat de MG du début, lors du concours de l’ECN “mal fichu et qui peut gâcher une vie sur un coup de stress” à la délivrance de la thèse “moment merveilleux lors duquel on nous enlève les menottes”. Les stages, l’hôpital ou les méandres administratifs des facultés et en particulier de Paris V sont pointés du doigt. “On s’adresse à tous les internes de médecine générale mais aussi au grand public. Les malades ne savent pas qui nous sommes alors qu’ils nous voient en première ligne à l’hôpital. Ce livre est également à destination des facultés ou encore des administratifs comme les ARS…” indiquent les jeunes femmes.

 

“On aimerait faire évoluer la situation” confie Morgane Lucet. Ariane Mussedy avait bien tenté de lancer une grève mais sans succès, les internes craignant d’abandonner les malades ou d’être réquisitionnés. “Le problème de fond, c’est que l’interne n’a pas de statut. Il est étudiant ou salarié en fonction de ce qui arrange le plus l’hôpital ou la faculté” s’insurge Ariane Mussedy. Elle regrette également...[pagebreak]

 

les paroles en l’air des gouvernements “qui ne font pas évoluer la situation des étudiants”. Si Marisol Touraine avait tenté de publier une circulaire sur les repos de sécurité, les jeunes femmes constatent qu’elle est loin d’être appliquée.

 

Aujourd’hui délivrées de l’internat, Ariane Mussedy, Morgane Lucet, Louise Balas et Bérénice Tilleul sont heureuses de faire enfin le métier qu’elles avaient choisi. Car les quatre jeunes femmes ont opté pour la médecine générale par vocation et souhaitent s’installer. “L’internat a été un combat alors que nous avions choisi cette filière par choix. On ne veut même pas imaginer le sort de ceux qui ne l’ont pas choisi et se sont retrouvés en fin de classement” s’inquiète Ariane Massedy.

 

Mais avec un tableau aussi sombre, n’ont-elles pas peur de décourager les futurs étudiants en médecine générale ? “Je pense que c’est mieux qu’ils soient prévenus. Le livre n’est pas si noir, certains internes témoignent et disent que cette période s’est plutôt bien passée pour eux. Au-delà de décourager, ce livre pourra rassurer d’autres internes. Ils seront heureux de ne plus se sentir seuls avec leurs problèmes. Notre but c’est que tout ça s’améliore. Le changement, c’est maintenant !” sourit Ariane Mussedy.

 

 

LE FIGARO - 06/01/2014

LE GENERALISTE - 26/01/2014

REMEDE.ORG - 07/02/2014

20minutes.fr - 18/02/2014

FRANCE INFO - 23/02/2014

LE QUOTIDIEN DU MEDECIN - 24/02/2014

L'internat, un enfer ? Témoignage d'une ex interne en MG

Pourquoi choisir médecine générale ? Quelle vie mènent les internes de MG ? Ont-ils la reconnaissance de leurs confrères ? Dimanche 23 février, une jeune généraliste livrait sa propre expérience sur ces questions dans l'émission « Femmes d'exception » sur France Info. ArianeMussédy (c'est son pseudonyme) avait déjà raconté son histoire dans un livre cosigné avec trois consoeurs, intitulé « Internez-nous ! Vos (futurs) médecins généralistes témoignent » (Editions Paroles d'étudiants).

La généraliste, âgée de 28 ans, revient sur le parcours du combattant des internes, qui sont souvent à la limite du burn out et rarement reconnus à leur juste valeur par leurs aînés et par les patients eux-mêmes. Elle pointe aussi du doigt le manque de reconnaissance de la médecine générale, aussi bien de la part de son entourage qu'au sein même de la profession. « Tu vas travailler plus pour gagner moins, s'entend-elle dire. C'est pas compatible avec une vie de femme. Fais plutôt dermato ou radiologue. »

Pourtant la jeune femme, qui a brillamment réussi ses études, a fait ce choix par vocation. Le généraliste n'est pas seulement celui qui soigne les bobos de la vie quotidienne, c'est « ce qu'il y a de plus dur, parce qu'il faut savoir tout faire » justifie Ariane Mussédy, qui travaille à l'hôpital avant, espère-t-elle, de créer une maison médicale en province.

 

 

CARNETS de SANTE - 26/02/2014

 

Un parcours du combattant : c’est ce qui vient à l’esprit en lisant les témoignages de 4 jeunes femmes sur leur internat de médecine générale, ainsi que ceux de quelques collègues : l’épreuve est souvent âpre, épuisante, émaillée de désillusions, mais aussi de moments de bonheur et de triomphe sur l’adversité. Réflexion faite, il s’agit plutôt d’un parcours initiatique, à l’image de ceux des sociétés secrètes traditionnelles, et masculines. Le postulant est lancé dans la nature. Il devra se confronter à la jungle bureaucratique, à l’incompétence de certains de ses maîtres voire à leur ignorance, leur indifférence ou leur cupidité, à leur manque de disponibilité ou leur mauvaise foi, à des patients qui ne ressemblent guère à ceux rencontrés jusque-là à l’hôpital, à la fatigue, à l’exploitation dans les services hospitaliers, aux interrogations sur ses motivations, au mépris des futurs et actuels spécialistes, au sexisme s’il est une femme. Il devra valider ses stages, écrire récits de situation complexe et authentique, mémoire, thèse de doctorat. La chance lui sourira, ou pas : bonne ou moins bonne équipe d’encadrement, choix plus ou moins libre et judicieux de stages, résistance physique à la fatigue, soutien des parents, surtout financier. Victorieux, il pourra entrer dans la confrérie, mais il lui sera demandé de se taire sur sa formation et de n’en délivrer que les discours convenus par ses pairs.

 

C’est ce tabou que ces jeunes femmes rompent : elles racontent. Elles appartiennent à une génération (différente de celle de leurs aînés) qui a pris l’habitude de s’exposer sur les réseaux sociaux et ne croit guère à quelques vieilles lunes. Sans doute aussi ne peuvent-elles être tout-à-fait à l’aise dans un schéma conçu par et pour des hommes. Elles s’en détachent prudemment, en masquant leur identité : la contrainte du secret reste forte.

 

Ce serait une grosse erreur de ne voir dans ces courts récits que défoulement ou récriminations de jeunes gens gâtés. Leurs propos sont argumentés et renseignés. Elles aiment leur métier. Elles sont généreuses. Surtout, elles interrogent leurs maîtres sur l’exercice de la médecine, sur leur volonté et leur capacité de transmettre et de construire une discipline dont l’objet est l’ensemble de leurs patients. Pour cela il faut les lire : elles sont notre présent et notre avenir.

 

Cet article a d’abord été publié dans le numéro 916 de février 2014 la Revue du Praticien Médecine Générale.
Article de Serge Cannasse